mardi 2 septembre 2008

Edvige: médias et politiques sortent enfin de leur léthargie

C'est sûr, c'est vraiment la rentrée.

Enfin, médias et politiques se réveillent et (re)découvrent notre amie Edvige.

"Le Monde" y consacre son éditorial et relaie la prise de conscience de l'opposition en rappelant l'histoire de ce fichier et de la lutte initiée par les associations dès Juillet.

"Libé" s'y met aussi avec l'interview de la secrétaire générale du syndicat de la magistrature.

"Marianne" n'est pas en reste avec cet article qui explique notamment la prise de position de François Bayrou sur France-inter ce matin et élargit le débat à la petite soeur Cristina.

Saluons ce réveil salutaire et espérons qu'on n'oubliera pas non plus le grand frère Périclès...

vendredi 29 août 2008

Free part en guerre contre la loi création et internet

Un billet très intéressant chez Numérama.

On y apprend d'abord, de la bouche du patron de Free, la façon très "novatrice" avec laquelle ont été négociés les accords Olivennes qui ont fourni la base à la future Loi création et Internet:

"...Ils ne nous voyaient jamais tous ensemble. Nous étions tous vus dans notre coin, on nous faisait une lecture [du texte] sans copie et on disait est-ce que c’est bon ou ce n’est pas bon. Puis tout le monde disait "on veut modifier ça.

"On pensait le lendemain avoir une version condensée puis lorsqu’on est arrivés à l’Élysée, on nous a dit "non, mais vous l’aurez l’après-midi"

"On l’a finalement découvert dans le communiqué de presse du soir même. Donc tout le monde a signé un document différent. C’est le mérite ou la force de Monsieur Olivennes qui est plutôt brillant puisqu’il a réussi d’obtenir pour la première fois la signature de tout le monde sur une feuille blanche, je vous le concède, mais à obtenir la signature de tout le monde. Ce qui est déjà très méritoire."

Ensuite, Xavier Niel prend officiellement ses distances avec les mesures envisagées:

"Hadopi n’est pas aujourd’hui une bonne loi pour les Français. S’il s’agit de préserver les intérêts de quelques artistes qui gagnent beaucoup d’argent, ça n’a peut-être pas grand sens."

"Nous, notre avis est qu’on peut faire beaucoup de choses, mais il faut que ce soit un juge qui regarde ce que vous faites, la manière dont vous le faites ; il ne faut pas de manière systématique qu’on essaye d’écouter tout ce qui se passe sur le réseau, sur ce que font nos abonnés".

Et d'affirmer que Free n'a pas fait et se refuse à faire les tests de filtrage prévus.

Revient aussi sur le devant de la scène la fameuse licence globale:
"Redéfinissons un certain nombre de choses, reprenons la licence légale, étudions un certain nombre de solutions alternatives..."

Le refus de concéder à Free une licence 3G y est sans doute pour beaucoup.

Cependant, on ne peut que se satisfaire de cette prise de position et espérer que les autres opérateurs suivront afin que s'ouvre enfin un vrai débat sur ces questions.

mardi 26 août 2008

Edvige, Facebook, même combat ?

Dans la presse de ces derniers jours, deux articles sur le fichier Edvige et sa soeur Critina.

Le JDD rappelle les actions menées contre le fichier et décrit fort bien son fonctionnement et les divers questions qu'il soulève.

On apprend d'ailleurs au passage que "créé par décret du ministère de l'Intérieur le 1er juillet (...) sa mise en oeuvre a aussitôt été gelée, le temps de faire quelques ajustements techniques et de purger le contentieux administratif."

Un recours doit être déposé devant le conseil d'Etat cette semaine.

Dans la rubrique écrans de Libé, le point de vue de Vincent Dubief, avocat au barreau de Paris, souligne la contradiction qu'il y aurait entre la mobilisation contre Edvige et la tendance à livrer des parts de plus en plus large de sa privée sur Internet, notamment à travers Facebook.

Dans les deux articles, on retrouve un argumentaire classique:

1/ Ce genre de fichier n'est pas nouveau:

"En fait, Edvige n'est jamais que l'ancien fichier des RG adapté aux évolutions de la société", explique Gérard Gachet, le porte-parole de la ministre de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie.

2/ Les internautes livrent eux-mêmes les informations collectées dans Edvige:

"... le plus souvent, les informations les plus intimes publiées sur Internet n’ont pas été révélées par quelques paparazzi en mal de scoop, ni pas d’obscures officines, mais par l’intéressé lui-même ! Ce phénomène a d’ailleurs récemment conduit le président de la Cnil, Alex Türk, à s’interroger sur le point de savoir si la vie privée n’était pas devenue une espèce en voie d’extinction à l’heure où « chacun se dévoile sans complexe sur Internet, révèle ses goûts, ses opinions politiques, ses préférences sexuelles, son réseau d’amis…"

3/ La relativisation du libre choix:

" Peut-être supporte-t-on mieux le fichage privé car dans un cas, il y a consentement, et pas dans l’autre ? Oui… mais ! Il reste en effet à prouver qu’un jeune de 15 ans qui dévoile sur un réseau social ses opinions politiques et ses préférences sexuelles est vraiment consentant au traitement de telles données parce qu’il a accepté, sans les lire, trente pages de conditions d’utilisation écrites en anglais ! N’est-ce pas aussi critiquable de se passer de consentement que de l’obtenir par la ruse ?
"

4/ La relativisation de la différence Etat/privé:

"Doit-on en arriver à la conclusion que le fichage « privé » fait moins peur car il n’émane d’aucun gouvernement ? Cela serait bien naïf de croire que les frontières des bases de données privées soient si étanches, ou que les services de renseignement ne soient pas assez professionnels pour récolter l’information de la meilleure façon qu’il soit… "


Pourtant, on ne peut mettre sur le même plan:

  • La collecte d'informations de la part d'entreprises privées et la collecte d'information par l'Etat.
  • La collecte d'informations à destination commerciale et la collecte d'information à des fins de contrôle social.
  • La divulgation volontaire d'informations personnelles à laquelle on peut mettre un terme lorsqu'on le souhaite et le piratage des données.
En mélangeant tout de la sorte, cela revient à dire que dès que l'on a adhérer à un réseau social, on accepte tacitement la suppression pure et simple de toute notion de vie privée !

Or, en démocratie numérique, .l'usager doit rester maître de ses données

mercredi 20 août 2008

Des nouvelles inquiétantes

A la une ce matin, des informations pas très rassurantes.

Sur le site Numérama, deux billets sur la répression numérique:

"5 éditeurs de jeux font du chantage à 25.000 pirates présumés" où l'on apprend que des éditeurs de jeux, dont le marché est pourtant florissant, n'hésitent pas à faire chanter des internautes sur la base d'un listing d'adresses IP fournit par une société douteuse.

"Les éditeurs préviennent qu'ils porteront rapidement plainte contre les 500 premiers internautes qui ne répondent pas favorablement à leur lettre avec un chèque de 300 livres. Ils seront aidés dans leur chantage par une décision de la justice britannique, puisque Isabela Barwinska, une mère de deux enfants au chômage, a été condamnée à payer 16.000 livres sterling (20.200 euros environ) pour avoir téléchargé le jeu Dream Pinball de Topware..."

Dans le même esprit, une internaute américaine a "
accepté de payer 6.050 dollars à l'Association américaine de l'industrie du disque (la RIAA) (...) Elle devra payer 110 dollars par mois pendant 55 mois, jusqu'en février 2013."

Voilà qui devrait faire réfléchir alors que la loi Hadopi devrait passer devant le Parlement à la rentrée...

Dans la rubrique "écrans" de Libé, la manifestation de colère des blogueurs turcs lassés des multiples tracasseries de la censure.

Qui a dit que le Net était par nature un espace de liberté... ?

vendredi 15 août 2008

Deux visions

Deux informations qui s'entrechoquent ces derniers jours.

Dans cet article d'Agoravox, des information sur une proposition de loi qui surfe encore une fois sur la légende noire d'internet.

Il s'agit de porter de 3 mois à 1 an le délai de prescription pour diffamation.

Justification: "En démultipliant sa diffusion, en la dispersant sur de multiples supports, la communication par Internet donne un poids énorme aux propos diffamatoires. Mais cette dispersion rend extrêmement difficile la découverte de ces propos par les principaux intéressés : les victimes diffamées."

Aucune contradiction évidemment entre "le poids énorme" apporté par Internet aux propos diffamatoires, un poids tellement énorme que la découverte par la victime est "extrêmement difficile"... ;-))

En réalité, l'objectif est ailleurs:
"Internet modifie en profondeur les méthodes de communication et leur portée. Nous constatons régulièrement que des pratiques abusives mal encadrées par la législation peuvent être à l’origine de dommages sérieux pour des concitoyens."

Le but, c'est bien de légiférer l'Internet...

Lu dans la rubrique Ecrans de Libé, cet article qui explique qu'en Allemagne, dans le même temps, les procureurs renoncent à poursuivre les "petits pirates" à usage personnel car ils sont dans l'incapacité de faire face à la multiplication des plaintes...
"Rien que pour le premier semestre 2008, à son parquet, il y a eu 25 000 plaintes pour violation du droit d’auteur."

Multiplier les lois impossibles à appliquer, voilà qui traduit une belle incapacité à comprendre les changements en cours...

On conseillera à nos politiques la consultation sans modération de l'excellent site de Michel Cartier.

Vie privée, publicité et financement du Web 2.0


Un article paru dans la rubrique écran de Libé évoque les problèmes posés par la collecte de données opérées par les régies publicitaires des majors comme Google ou Yahoo et évoquée dans ce précédent article.

La possibilité toute nouvelle de désactiver les publicités ciblées chez Google et Yahoo répond aux critiques quant à la violation de la vie privée et notamment "... à une lettre envoyée, le 1er août dernier, par quatre membres du Congrès à trente-trois entreprises du secteur Internet, dont Google, Microsoft, Yahoo et Comcast."

Que penser de cette mesure ?

D'abord, comme le rappelle l'article, supprimer la publicité ciblée ne signifie absolument pas la fin de la collecte des données.

Ensuite, catastrophisme ou pas, Yahoo a immédiatement dénoncé la remise en cause du modèle économique du 2.0 gratuit : « c’est grâce au modèle publicitaire que des contenus et services Internet sont disponibles à des millions de personnes ».

En effet, la publicité ciblée constitue le haut de gamme. Ce qui pose effectivement le problème du financement d'une partie du Web 2.0.
Comme on l'avait déjà évoqué, le deal actuel est bien:
autorisation d'utiliser les données personnelles à des fins publicitaires contre gratuité des services et applications.

Quel est le véritable objectif de ce tout nouvel intérêt des politiques pour la protection des données au moment où une série de texte s'apprête à autoriser l'Etat à s'y immiscer largement ?
Notre protection ?
Ou bien mettre en difficulté le modèle de financement du Web 2.0 ?

Car la publicité constitue au final un mode de financement collectif:
Evidemment, rien n'empêche d'imaginer un mode de financement collectif qui ne contraigne pas chacun à "vendre" ses données personnelles afin d'être inondé de publicité.

Car rien ne permet de savoir jusqu'à quand les entreprises accepteront de verser cette manne publicitaire dont l'efficacité reste à prouver

Cependant, la démarche actuelle des politiques qui remettent en partie en cause ce modèle ne me semble pas s'orienter vers ce type de réflexion...

lundi 11 août 2008

Typologie de la frontière dans l'espace numérique


Accéder sans limite aux sites et aux blogs de l'ensemble de la planète, se déplacer virtuellement tout autour du globe grâce à Google Earth par exemple, se promener dans les villes chinoises, regarder les webcams...

Tout ceci a entretenu et entretient encore l'illusion d'un espace numérique sans frontières donc libre voire incontrôlable.

Il est vrai que les frontières de l'espace numérique sont d'une tout autre nature et coïncident fort peu, pour l'instant, avec les frontières terrestres.

Comme pour la frontière terrestre, on pourrait résumer la frontière numérique à deux éléments clés:
Qui
peut entrer/sortir ? Qu'est-ce qui peut entrer/sortir ?

Dans l'espace numérique, le Qui peut se résumer à trois proposition: Un seul, un Groupe, Tout le monde.

Le Quoi va tourner autour des notions de droits de Lecture/Ecriture.

En combinant le Qui et le Quoi, on obtient ainsi 9 types de frontières numériques que l'on peut représenter sous forme de chorèmes:


On aurait pu distinguer entre lecture simple et possibilité de léchargement.
Cependant, outre le fait que de nombreux outils existent pour capturer des données non téléchargeables, l'intérêt de capturer en local des données en accès libre est de moins en moins pertinent au fur et à mesure que les possibilités d'un accès quasi-permanent au réseau se multiplient, exception faite des données disponibles pour un temps limité.

Car le temps constitue bien une dimension supplémentaire de cet espace numérique dont il faut tenir compte. Les articles du quotidien "Le Monde" par exemple sont en libre accès pendant quelques temps avant de passer en lecture réservée.

On le voit, les frontières existent bien en espace numérique mais elles coïncident rarement avec les frontières terrestres puisque que ce sont les responsables de chaque portion d'espace numérique qui en déterminent la nature.
Je décide seul de ce que je place en accès libre ou réservé, des droits que je donne pour modifier un Google Document...

D'où cette illusion de liberté totale avec ses atouts mais aussi ses excès puisque l'on est en mesure de placer en libre accès des données qui sont en accès réservé comme le font les adeptes du Peer2Peer lorsqu'ils mettent en ligne un DVD ou un logiciel. On est donc en mesure de changer le type de frontières intégrées dans les données par leurs créateurs.

Illusion de liberté car, comme on l'a dit dans le billet précédent, si cet espace est immatériel, les serveurs et les ordinateurs des hébergeurs sont bien localisés sur Terre et dépendent nécessairement de la juridiction d'un ou de plusieurs Etats.

Les Etats peuvent intervenir à plusieurs échelons:

Contre les hébergeurs, sur lesquels la pression augmente. OVH vient ainsi d'affirmer qu'il supprimera immédiatement tout site signalé comme hébergeant des contenus illégaux.

Sur les FAI, qui peuvent être contraints de filtrer en interdisant l'accès à certains sites ou de livrer l'identité qui se "cache" derrière telle adresse IP afin de se retourner contre l'usager.

Sur le "véhicule", que ce soit le bridage/filtrage intégrés dans le matériel, dans le système d'exploitation ou certains logiciels imposés.

D'où l'importance du débat actuel sur les tentatives de contrôles du Net tant à l'échelle nationale qu'européenne ou même mondiale avec l'ACTA.